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A 88 ans, l’inusable René a fini par lâcher la rampe non sans avoir délivré son quota de livres, d’articles et d’analyses qui en ont fait un des plus grands historiens de laFrance contemporaine. Ses cours étaient un des must de Sciences-Po quand j’y trainais, et ses analyses politiques ont rehaussé d’innombrables soirées électorales. Un intellectuel comme je les aime : érudit, ouvert d’esprit, tolérant, humaniste, désireux d’expliquer et de faire triompher la raison sur les passions.

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Pour le socialiste défroqué que je suis, ce fut une des joies simples des dernières semaines que d’assister au vacillement des convictions socialistes de mes amis bobos, quasi unanimement tentés par le vote Bayrou. J’apprécie plutôt l’homme, cultivé, faussement simple, direct, carré dans son analyse. Je suis plutôt d’accord avec le fond de son programme, qui est un programme de droite à tous points de vue, et finalement pas très éloigné de celui de mon candidat. Je partage son analyse quand il cherche à aller au delà d’un clivage droite-gauche. Je ne vois pas au nom de quoi la démocratie implique une coupure du pays en deux blocs systématiquement en opposition sur tout. Mais alors pourquoi ne pas voter pour lui ?

1) Sa victoire ne me plongerait pas dans l’embarras, ce serait de loin préférable à 5 ans de royalisme.

2) je voterai pour lui au 2è tour… sauf s’il est opposé à Sarkozy.

3) son principal problème est son absence de parti : s’il gagne le 6 mai, je ne vois pas comment il peut-être sur d’avoir la majorité absolue aux législatives un mois plus tard. Le gaillard balaie la question d’un revers de manche à velours côtelé en disant : “Si les Français m’élisent, il est logique qu’ils me donnent une majorité”.

Ah bon ?

Le problème , c’est que localement son Parti n’a qu’une faible implantation et qu’on ne voit pas pourquoi l’UMP et le PS lui ferait cadeau de circonscriptions. Son élection créerait certes une dynamique qui augmenterait le score de l’UDF, mais j’imagine assez bien qu’on se retrouve dans un maximum de circonscriptions avec des triangulaires PS/UMP/UDF, bref un résultat totalement imprévisible, des tractations locales bien éloignées de l’idéal politique élevé qu’il prétend défendre…A l’arrivée, une probabilité assez forte de n’avoir pas de majorité à l’assemblée, et là on fait quoi ? Il sera alors obligé de négocier chaque réforme en marchandant avec un camp ou un autre, ce qui représente un retour assez navrant aux pratiques de la IVè République (je vous parle d’un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaître, surtout s’ils n’ont pas lu de livres d’histoire). Bref, un joli merdier, et surtout une probabilité réduite de lancer des réformes d’envergure.

Par ailleurs, son positionnement “ni-droite, ni-gauche”, “le système est pourri”, “il faut un homme neuf” sent un peu le populisme bas de gamme.

Donc moi je dis, bienvenue le gars François dans la cour des grands; tu as fait une bonne campagne. Fais élire des députés, mène une opposition constructive, continue ton travail de terrain, et rendez-vous en 2012 pour les choses sérieuses.

Bon, Nihous, le chasseur-pêcheur-nature-traditionnel, franchement je m’en tamponne le coquillard.

En revanche à l’extrême-droite, on a du gros du lourd, çà vous pèse ses 4/5 millions de voix à vue de nez çà madame. Loin de moi l’idée de provoquer gratuitement l’ire de mes camarades de gauche, mais l’honnêteté m’oblige à admettre que je les aime bien Le Pen & de Villiers ! Pas leurs idées bien sûr, qui sont complètement délirantes, mais les personnages : je suis assez esbaudi de la morgue et de la diction à la fois précieuse et dédaigneuse du Vicomte vendéen qui lui permet d’asséner les plus épouvantables conneries tout en gardant son sérieux. Ceci dit il devrait consulter sans tarder parce que son obsession monomaniaque de l’invasion musulmane psalmodiée en boucle, par comparaison çà fait passer Le Pen pour quelqu’un de subtil.

Le Pen, donc. Ben oui, ne vous en déplaise, j’aime plutôt bien ce type…étonnant, non ? Evidemment qu’on ne peut pas complètement faire abstraction de ses idées quand on pense  à lui, néanmoins voilà un type que je crois être sincère, tenace, intelligent et qui s’exprime bien. Ca a été le premier, et longtemps le seul, à s’intéresser vraiment à ce que vivait une partie déclassée du monde ouvrier. Il rallie des gens racistes, mais je le qualifierai plus de nationaliste bas de plafond, c’est un pléonasme,  que de raciste. Pour moi le raciste, c’est celui qui dit, ou qui pense qu’une race est supérieure aux autres.  Le nationaliste c’est la Préférence nationale “La France aux Français”. C’est certes très très con, mais c’est pas du racisme.

Bref, le fait est que la Gauche ayant superbement ignoré depuis 25 ans  les problèmes d’intégration dans les banlieues, les problèmes d’insécurité, le sort et l’opinion des plus faibles, qu’elle a pourtant soi-disant vocation à défendre, cet électorat s’est tourné vers le FN. Fabius s’est fait lyncher pour avoir dit un jour que le FN apportait de mauvaises réponses à de vraies questions. C’est pourtant une évidence, sauf à penser que les électeurs du FN ne sont que des néo-nazis uniquement mûs par leur haine de l’étranger. Si des gens sérieux ne prennent pas en charge les problèmes en question, çà laisse un boulevard aux extrêmistes. La Gauche va se reprendre un rateau cette année pour ne l’avoir toujours pas compris. Encore aujourd’hui, quand on évoque les problèmes d’insécurité, la Gauche rétorque “LePenisation des esprits”.

Le PS a été privé de 2è tour en 2002, aujourd’hui on a un Sarko-facho à 30% et un Le Pen à 15% + de Villiers nous font 45% bien tassés….çà voudrait donc dire que soit la moitié des Français est devenue fachiste, soit la Gauche passe à côté des problèmes des Français. Qu’en pensez-vous ?

L’abstention ne sert évidemment à rien mais a au moins le mérite de la clarté : “Je ne souhaite pas participer à la désignation du Président de la République, choisissez qui vous voulez”. Après tout çà se défend du moment qu’on ne vient jamais après se plaindre du moindre dysfonctionnement de la sphère étatique, ce qui est rare.

Le vote blanc ne sert également à rien, mais il a un côté prétentieux un peu exaspérant (sorry Mary) : “Parmi les 12 candidats, aucun n’est assez bien pour moi, je ne peux absolument pas concevoir qu’un de ces candidats puissse occuper cette fonction, et je tiens à le faire savoir en me déplacant au bureau de vote.”

Qu’aucun ne suscite l’enthousiasme, çà peut se concevoir, mais la question qui se pose n’est pas de savoir si on est contents des candidats, qui couvrent quand même largement toutes les facettes de la politique française, ou même ce qu’on en pense, mais qui va avoir le job, puisqu’il en faut un. A la limite, quel est le moins pire ?

Et là on quitte le domaine du rêve pour entrer dans le monde moins glamour mais néanmoins non dénué de charme de la réalité. Si on hésite, on peut toujours demander conseil à Raylmond qui a de bonnes idées absolument impartiales sur le profil de Nicolas Sark du prochain Président quel qu’il soit.

Ce n’est pas au moment où le poste est à pourvoir qu’il faut s’apercevoir qu’on n’est pas satisfait de l’offre politique mais avant : si on pense qu’aucun parti n’est assez bien on doit créer son parti ou arrêter de participer à la vie politique.

C’est pourquoi la revendication de comptabiliser les votes blancs est totalement hors sujet : comment çà s’interprête un vote blanc ?

Trotsky’s not dead!

April 9, 2007

Trotsky’s notdead!

Laguiller, Schivardi, Besancenot, Bové, Buffet, Voynet….pas moins de 6 candidats à la gauche du PS, dont 3 trotskistes, les électeurs français sont décidément bénis des Dieux. Bref, ce qui est extraordinaire, c’est de constater que malgré des nuances, ils expriment tous les 6 un rejet viscéral du libéralisme et de la mondialisation….et qu’ils sont néanmoins incapables de s’entendre ne serait-ce que pour peser sur la politique française et faire un peu bouger les choses. On imagine aisément avec quelle facilité ils rassembleraient des personnes d’opinions opposées…par exemple dans de grands centres de loisirs festifs à encadrement militaire….

Le Monde – Gare du Nord : le récit du Congolais contrôlé

Au cours de sa garde à vue dans les locaux du commissariat du 10e arrondissement, Angelo Hoekelet a raconté son contrôle mouvementé à la gare du Nord, le 27 mars, par des agents de la RATP. Un contrôle qui a servi de déclencheur à de violents affrontements, pendant plus de six heures, entre des groupes de jeunes et les policiers. Le Congolais, âgé de 32 ans, affirme qu’il a été victime de violences, selon son procès verbal d’audition, dont Le Monde a eu connaissance.

“Ce jour vers 16h20, je me trouvais dans la gare du Nord. J’avais rendez-vous avec une personne qui m’attendait sur le quai de la ligne 5”, a-t-il expliqué. Il assure avoir composté un ticket en passant le tourniquet, puis l’avoir jeté. “Trente mètres plus loin, j’ai senti qu’une personne me touchait au niveau de l’épaule, je me suis retourné et cet individu s’est présenté comme étant un contrôleur RATP et m’a demandé mon titre de transport. J’ai expliqué à cet individu que je venais de jeter mon ticket au sol et je lui ai proposé de retourner à l’endroit où j’avais jeté mon ticket pour le reprendre. Le contrôleur m’a alors demandé mes papiers. Je lui ai alors répondu que je n’étais pas sûr de les avoir mais que l’on pouvait regarder dans mon sac à dos. Un autre contrôleur est alors arrivé et sans rien me demander il a déclaré à ses collègues : bon voilà, il a rien allez on appelle”. Je lui ai répondu que je ne bougerai pas tant qu’on irait pas récupérer mon ticket. Ce contrôleur m’a alors fait comprendre que de toute façon il me ramènerait de force, il m’a parlé avec un langage de cité. Je lui ai alors dit d’arrêter. (…) Il s’est alors approché de moi et a commencé à rapprocher son front du mien. Je lui ai alors dit arrête ou je vais te boucher une oreille”. Nous nous sommes frottés les fronts mais il n’y a pas eu de coups. C’est alors que les autres contrôleurs RATP m’ont saisi au niveau des chevilles puis m’ont fait chuter au sol. Ils m’ont ensuite maintenu au sol jusqu’à l’arrivée des gendarmes. Je vous précise que jusqu’à l’arrivée des gendarmes, les agents RATP, surtout celui qui a collé son front au mien, m’ont donné des coups de pieds entre les jambes ou ont essayé de me tordre les poignets. Moi, je leur disais que ce qu’ils faisaient c’était vraiment n’importe quoi. Autour de nous une foule s’est formée qui se demandait ce que ces contrôleurs étaient en train de faire. Je vous précise que parmi cette foule il y avait de nombreuses personnes qui me connaissent car j’ai vécu dans le dixième arrondissement et que je connais très bien la gare du Nord. Ensuite les gendarmes sont arrivés. (…) Ils ont essayé de me faire comprendre qu’il fallait que je me calme pour qu’ils me menottent. Je leur ai demandé de me lever puis ensuite de me menotter. Comme je me débattais car je pensais que ce n’était pas humain de mettre quelqu’un au sol comme ça, ils ont tout de même été obligés de me relever pour me menotter en faisant usage de la force.” A cet instant, Angelo Hoekelet s’accrochait fermement à son pantalon, pour éviter de se faire passer les menottes.

“Une fois debout et menotté le contrôleur RATP qui m’avait touché le front a cherché à m’attraper par les jambes. Il devait me connaître, je pense que c’est pour cela qu’il en avait après moi. Les gendarmes et ses collègues lui ont dit que cela ne servait à rien et que je devais être conduit debout. C’est là que je me suis rendu compte qu’une foule importante s’était ameutée autour de nous. Dans le local RATP, le contrôleur a dit à ses collègues oui vous avez vu il m’a bien mis un coup de tête. C’est là que j’ai compris que c’était une affaire personnelle, je vous précise que parmi ces agents RATP il y en avait trois d’origine maghrébine. Peut-être qu’il en avait après moi parce que je suis noir. Ensuite, j’étais dépassé par les événements et je les ai bombardé d’insultes.”
La veille de cette interpellation à la gare du Nord, Angelo Hoekelet était censé prendre le train pour se rendre à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Il devait comparaître devant la cour d’appel pour une affaire d’outrage à magistrat, qui lui a valu une condamnation à six mois de prison en première instance. Hélas, il n’a pas pu s’y rendre, explique-t-il, “car les contrôleurs n’ont pas voulu [le] laisser prendre le train sans billet.”

Mes chers compatriotes,

Après avoir subi le choc de l’extrême-droite au 2ème tour en 2002, nous risquons cette fois d’en subir un nouveau : la présence au 2è tour de la représentante d’un parti socialiste marxiste-révolutionnaire qui nous ramènerait aux heures les plus sombres de notre histoire collectiviste. Même si la raison et la sagesse nous incitent à penser que le 2è tour se jouera entre 2 candidats légitimes, car sévèrement burnés et de droite, on ne peut exclure un vote protestataire émanant de hordes de fonctionnaires syndiqués et encartés.

Haut les coeurs !

Je sais que beaucoup d’entre vous, abusés par le prénom Marie-Ségolène et l’épithète Royal, ont un moment envisagé de renier leur identité nationale au point de confier à cette sournoise Poitevine leurs suffrages….Ils réalisent aujourd’hui leur erreur et retrouvent le goût d’un vote au moins honorable et béarnais si ce n’est franchement patriotique et constructif.
Welcome home boys! comme dirait George Bush à un tas de Marines en charpie de retour de leur triomphale tournée irakienne.
Il est temps de renvoyer cette virago psychorigide à son foyer, où la vaisselle a du s’accumuler depuis des mois au mépris des plus élémentaires règles d’hygiène, et au grand dam d’une horde de descendants gavés de Chabichou(c).

Pour fêter dignement cette dégelée royale que j’appelle de mes voeux, j’ai donc le plaisir de réactiver le blog de ce brave Raymond, fenêtre par laquelle je m’épancherais au mépris du danger, libérant de nombreuses vesses politico-philosophiques de comptoir et exhalant moultes calembours d’un goût douteux accumulés pendant une trop longue période de constipation épistolaire (du style “j’ai les urnes qui me grattent”). Si, malgré tous mes efforts, vous persistez à apprécier ma compagnie, j’ai le plaisir de vous inviter à un grand débat participatif et républicain le 22/04 en nos locaux parisiens avec de nombreux thèmes de réflexion:
Une candidate de gauche au 2è tour, est-ce vraiment nécessaire ? Est-ce seulement possible ?
L’ordre juste ne doit-il pas d’abord s’illustrer par un intérieur soigné et une vaisselle rangée ?
Bearn to be alive, Hollande of the thousands dances: peut-on vraiment prendre au sérieux des types qui se prénomment François ?
Comiques et politique: le retour des Marx Brothers and Sisters (Buffet, Besancenot, Bové, Laguiller, Schivardi)
Projets de vacances : La Trinité ou le Puy du Fou ?
Gastronomie : gamelle de gazelle ou tartare d’éléphants ?
Vaut-il mieux avoir tort avec Torreton que raison avec Raymond ?

Vive le Printemps, vive la République, vive la France !

PS (sans jeu de mots) : j’ai lu “Qui connaît madame Royal ?”, le livre d’Eric Besson, qui s’annonce comme un gros best-seller. Sa lecture ne fait hélas que confirmer les pires impressions que la candidate laisse au cours de sa campagne : elle est non seulement spectaculairement incompétente, mais en plus elle semble notoirement incapable de fonctionner d’une manière démocratique et structurée même au sein du PS. J’y reviendrai.